National Institute of Informatics - Digital Silk Road Project
Digital Archive of Toyo Bunko Rare Books
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| 0278 |
Mission Scientifique dans la Haute Asie 1890-1895 : vol.2 |
| Scientific Mission to High Asia 1890-1895 : vol.2 |
Citation Information
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un coin de la tente derrière un rideau. Elle y reste cachée durant trois
nuits à ses parents, à son époux, à tout le monde, sauf à quelques amies
intimes, qui s'occupent à consulter les sorts. Ce laps de temps écoulé,
elle est tirée solennellement de derrière le rideau, son mari peut la
voir et il peut voir ses beaux-parents. C'est ce qu'on appelle la fête du
visage découvert (Bet atchâr toy) en kyrghyz, yuz atchkou dans le dia-
lecte du Turkestan chinois). La pudeur n'entre pour rien dans ce rite,
puisque la jeune épouse ne connaît pas ou est censée ne pas connaître
son mari ; du reste on ne conçoit pas quelle pudeur peut éprouver un
beau-père à voir son gendre, une belle-mère à voir sa bru. Encore
moins est-ce l'expression de la colère du père contre le ravisseur de sa
fille, dans l'hypothèse, d'ailleurs purement fantaisiste, du mariage par
capture ; car pourquoi, en ce cas, le beau-père fuirait-il le gendre au lieu
de l'attaquer ou de le menacer ? pourquoi le jeune homme et sa mère
tiendraient-ils l'épouse à l'écart ? Tout s'éclairait au contraire si l'on
admet que la présentation de la jeune fille au foyer ne suffisait pas pri-
mitivement à l'initier d'une manière définitive au culte de la famille où
elle entrait ; il fallait en outre que les divinités domestiques, qui en
principe refusent l'hommage de l'étranger, l'eussent agréée et l'eussent
autorisée à leur sacrifier. On consultait donc le sort, ou plutôt, dans les
temps anciens, on procédait à une cérémonie pour contraindre les
mânes à se montrer favorables. Tant que la réponse attendue n'était pas
obtenue, le mariage restait en suspens. La situation était délicate, le
jeune homme avait enlevé une fille à son foyer et ne lui en avait pas
procuré un autre ; on était dans le doute et la crainte. Le mari n'appro-
chait point de sa femme qui n'était qu'une intruse dans sa famille, il
évitait de se rencontrer avec son beau-père, vraisemblablement pour
des motifs religieux, car pendant la durée des rites de propitiation, il
fallait rester pur de tout contact avec l'étranger, surtout avec un étran-
ger qui avait été cause d'un trouble dans le culte domestique. Enfin
l'arrêt favorable étant rendu, la jeune épouse sortait de sa reclusion,
s'avançait vers le feu, y versait de la graisse par manière de sacrifice
religieux, en disant : Out ata ! out ana ! indiquant clairement par ces
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