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0286 Mission Scientifique dans la Haute Asie 1890-1895 : vol.2
Scientific Mission to High Asia 1890-1895 : vol.2
Mission Scientifique dans la Haute Asie 1890-1895 : vol.2 / Page 286 (Color Image)

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doi: 10.20676/00000197
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pays aussi fortement centralisés que ceux d'Europe. On sait qu'une
province chinoise jouit d'une très large autonomie. Le pouvoir central
a surtout pour but et pour fonction de faire respecter les formes tradi-
tionnelles. Le gouverneur, assisté de ses deux adjoints, est d'ailleurs
maître du budget de sa province sauf à contribuer pour une certaine
somme aux frais de l'administration centrale ; il est maître de la justice,
sauf à en référer à Pékin pour l'exécution des sentences capitales ; il
prend toutes les mesures administratives, judiciaires, policières et
législatives qu'il juge à propos pour assurer la bonne gestion des
affaires de sa circonscription, il fait exécuter tous les travaux publics
qu'il lui plaît, il nomme et révoque les préfets et sous-préfets, il dispose
des troupes, conduit toutes les négociations diplomatiques relatives à sa
province. Il a ainsi toute latitude de s'accommoder aux nécessités
locales sans que son indépendance soit un danger pour l'unité de l'em-
pire. En effet, non seulement le gouverneur est surveillé de près par
deux hauts dignitaires qui ne dépendent pas de lui, mais encore nul ne
peut occuper une fonction dans sa province d'origine, ni avoir en
charge auprès de lui aucun de ses proches parents, d'où il résulte un
emboîtement des intérêts privés des divers fonctionnaires et de leurs
familles, qui sont liés les uns aux autres et confondus. Remarquez que
ce système n'a de valeur qu'à cause de l'organisation patriarcale de la
famille chinoise et du caractère aristocratique de la société. Dans une
nation démocratique et à formation particulariste un gouverneur du
genre des fou-t'ai deviendrait presque fatalement un rebelle et un tyran.
Les intendants sont à peu près dans la même relation vis-à-vis du gou-
verneur que celui-ci vis-à-vis du pouvoir central. Ils ont de très larges
attributions d'ordre financier, judiciaire, policier, militaire et diploma-
tique, en sorte que chaque intendance peut être administrée de la façon
la mieux appropriée à ses besoins. Enfin, ce qui achève de rendre le
rattachement direct parfaitement conforme aux saines doctrines poli-
tiques, c'est le principe universellement adopté par l'administration
chinoise d'administrer le moins possible et de laisser autant que pos-
sible les gens se débrouiller d'eux-mêmes et faire leurs affaires : les