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0293 Mission Scientifique dans la Haute Asie 1890-1895 : vol.2
Scientific Mission to High Asia 1890-1895 : vol.2
Mission Scientifique dans la Haute Asie 1890-1895 : vol.2 / Page 293 (Color Image)

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doi: 10.20676/00000197
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charges de chef de canton. Tout candidat à une charge de bek paie pour
poser sa candidature, paie pour être nommé et repaie pour n'être pas des-
titué. Le préfet exige de temps à autre des riches de sa circonscription des
dons volontaires de même que les grands seigneurs et les rois de l'Eu-
rope du moyen âge, et cela est bien éloigné d'être la seule chose de
Chine qui ressemble à ce qui se passait chez nous il y a quelques siècles.
Un préfet nouvellement désigné arrive-t-il dans sa préfecture, il apporte
avec lui une foule de marchandises de tout genre : du thé, des soieries,
du papier, des allumettes, etc. Il rassemble les fonctionnaires indigènes,
déballe sa cargaison et leur tient à peu près ce langage : « Messieurs,
la haute bienveillance du gouverneur général m'ayant confié le soin de
vous diriger dans le sentier du devoir et de la vertu, je compte sur
vous, sur tout votre dévouement, pour me seconder dans cette tâche
délicate. Je désire tellement voir s'établir entre nous, entre moi le
supérieur et vous les inférieurs, les bons rapports indispensables à
toute bonne administration, que j'ai pensé à vous avant de venir et
vous ai apporté différents objets que voici. C'est mon don de joyeux
avénement : prenez-les, cela ne vous coûtera que la moitié en sus du
prix du marché; seulement comme j'ai fait un long voyage et dépensé
beaucoup d'argent, je serai bien aise d'être payé tout de suite. Cela ne
vous gêne pas, j'espère? — Comment donc, Excellence, au contraire ! »
Le lendemain chaque chef de canton rejoint son canton, réunit les
notables, leur distribue les marchandises du préfet et les leur fait payer
deux fois leur valeur.

Tous ces divers moyens de battre monnaie sont poussés à un plus
ou moins grand degré de perfection selon l'avarice, l'audace et l'habi-
leté de celui qui les emploie. Quelques-uns sont, en ce genre d'exercice,
d'une insolence tout à fait extraordinaire. Kéria posséda pendant plu-
sieurs années un sous-préfet, qui, chargé de dettes, avait imaginé de les
répartir entre ses administrés et de se soulager ainsi de son passif. Le
magistrat n'est-il pas père de son peuple et l'enfant n'est-il pas respon-
sable des dettes de son père? Mais ce n'était rien encore. Il achetait des
cotonnades à un tenga la pièce et les faisait revendre d'office moyennant