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0306 Mission Scientifique dans la Haute Asie 1890-1895 : vol.2
Scientific Mission to High Asia 1890-1895 : vol.2
Mission Scientifique dans la Haute Asie 1890-1895 : vol.2 / Page 306 (Color Image)

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doi: 10.20676/00000197
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celui qui ne veut pas être grugé par les juges n'a qu'à ne pas plaider,
que si l'on craint d'être mouillé, il ne faut pas sortir les jours de
pluie.

Les Turcs ont une autre raison de se contenter de l'administration
chinoise actuelle. Ils la comparent avec les administrations antérieures,
avec ce dur gouvernement de Yakoub Bek qui les écrasait d'impôts,
les arrachait à leurs champs pour les envoyer au camp se faire tuer
pour la cause de l'indépendance et de l'Islam alors qu'ils eussent bien
mieux aimé prendre l'air tranquillement sous leur véranda. Ils se
souviennent de la domination inquisitoriale, farouche et hypocrite du
clergé musulman, qui les contraignait à coups de bâton d'aller à la
mosquée, de porter le turban, les empêchait de fumer sous peine de
mutilation. Les vieillards ne parlent qu'avec un frisson d'horreur de
l'ancienne tyrannie de l'aristocratie locale qui, non surveillée par les
magistrats chinois, avait mis le pays à sac. Ainsi l'aristocratie et le
clergé, les deux seuls groupes sociaux qui fussent capables de faire
échec à l'administration chinoise et d'organiser le peuple contre elle,
ont perdu leur influence par l'abus qu'ils en ont fait. Ils ont cessé
d'être considérés comme un mal nécessaire et leur prestige a décliné
en même temps que leur force matérielle depuis que les Chinois leur
ont ôté leurs honneurs, leurs dignités, une partie de leurs biens. En
multipliant les hommes nouveaux dans les fonctions subalternes aban-
données à l'aristocratie indigène, en favorisant les divisions et les luttes
d'intérêt personnel, le gouvernement s'est créé des partisans chaque
jour plus nombreux qui auraient tout à perdre à sa chute. Il en est de
même pour le clergé. Les membres les plus zélés, les plus réputés pour
leur science et leur piété se tiennent à l'écart des fonctions judiciaires
pour n'être point forcés de transiger avec la loi sacrée et le gouverne-
ment donne les places à des docteurs moins savants et plus accomo-
dants qui ne seraient rien sans lui. Les intransigeants restent dans
leur coin, moroses et chagrins, attendant de meilleurs jours; mais ils
n'ont guère où s'appuyer. L'aristocratie se défie de leur ambition en-
vahissante, le peuple de leur rigueur intolérante. Il existe bien des