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0401 Mission Scientifique dans la Haute Asie 1890-1895 : vol.2
Scientific Mission to High Asia 1890-1895 : vol.2
Mission Scientifique dans la Haute Asie 1890-1895 : vol.2 / Page 401 (Color Image)

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doi: 10.20676/00000197
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quelques pâtres parcourent 600 kilomètres pour aller vendre
leurs produits à Nag-tchou dzong. Là les particuliers, bergers ou agri-
culteurs, échangent entre eux leurs marchandises respectives ou en
trafiquent avec les marchands de profession, qui sont les étrangers dé-
signés ci-dessus ou les représentants des grands seigneurs et des mo-
nastères, qui, avec l'État, sont seuls à faire le commerce en grand. Eux
seuls en effet disposent de capitaux importants, constitués par leurs pro-
priétés, leurs bénéfices, les impôts, le casuel, les dons et les legs plus
ou moins volontaires, qui sont en bonne partie payés en nature, les
produits des industries qu'ils exercent ou font exercer à leur profit.
Ainsi le gouvernement de Lha-sa, les chefs des diverses principautés,
les fonctionnaires, les couvents accumulent des stocks considérables de
marchandises, centralisent les produits des environs, équipent de
grandes caravanes pour les transporter à plusieurs mois de marche et
rapporter des marchandises étrangères, qu'ils écoulent au mieux de
leurs intérêts, au moment le plus favorable. Du reste, princes, sei-
gneurs et lamas abusent de leur pouvoir pour arrondir leurs bénéfices;
si l'acheteur ne se présente pas de bon gré, ils lui font la chasse et lui
vendent très cher ce dont il n'a cure ; ils obligent le vilain taillable et
corvéable à travailler pour eux gratuitement ou à un prix dérisoire, à
vendre à perte ce qu'il possède, et le condamnent pour la moindre
faute à payer en guise d'amende quelques briques de thé, des four-
rures, des pièces d'étoffe.
Les grands seigneurs laïques ou religieux, qui font le trafic à
l'étranger, entretiennent dans les places où ce trafic se concentre, à
Tong-kor, Dar-tsé-do, Li-kiang, Lé, des agents responsables, appelés
ts'ong-pon, c'est-à-dire surintendants de commerce, qui sont à demeure
à leur poste, surveillent le magasin où sont gardées les marchandises de
leurs commettants, reçoivent et hébergent les caravanes envoyées par
ceux-ci, procèdent aux opérations de vente et d'achat. Ces ts'ong-pon,
dont quelques-uns ont sous leurs ordres de petites armées de domes-
tiques et d'agents subalternes, sont des personnages d'importance,
hommes de confiance, parfois parents de leur maître, fonctionnaires du