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『東洋文庫所蔵』貴重書デジタルアーカイブ

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0445 Mission Scientifique dans la Haute Asie 1890-1895 : vol.2
1890-1895年の高地アジアにおける科学調査 : vol.2
Mission Scientifique dans la Haute Asie 1890-1895 : vol.2 / 445 ページ(カラー画像)

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doi: 10.20676/00000197
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plus juste si l'on considère que les lamas, comme les patriciens d'autre-
fois, sont maîtres des auspices, seuls en possession des formules qui agis-
sent sur les dieux et qu'ils règnent sur les âmes comme sur la matière.
Cette cause morale de la puissance du clergé n'est peut-être pas moins
puissante que toutes les autres réunies, il n'a pas converti les esprits à
la vérité, mais il leur a appris le respect pour les ministres de la divinité,
dont plusieurs centaines sont des dieux sur la terre, dont quelques
autres sont capables par la force de la méditation de retenir leur haleine
assez longtemps pour être enfin délivrés des lois de la gravitation et
s'élever dans les airs. La religion du Tibétain consiste essentiellement
dans un ensemble de pratiques superstitieuses et dans la vénération
pour les lamas auxquels ce serait un crime sans nom que de causer le
moindre tort. Un vol commis au détriment d'un religieux entraîne une
amende dix fois plus forte que celui commis au détriment d'un laïque;
le meurtre d'un laïque coûte trois ou quatre fois moins cher que celui
d'un moine. Cela n'empêche point les Tibétains d'aimer à dauber leurs
moines, à critiquer leur âpreté au gain, leur tyrannie, à railler leur
hypocrisie et à conter des histoires gaillardes sur leur compte. Ils res-
semblent en cela aux Italiens du moyen âge, mais leur hardiesse n'est
qu'en paroles et ils n'en sont que plus humbles et plus serviles en
action. Ainsi, et pour nous résumer, le clergé tibétain possède tous les
éléments de domination connus: l'autorité religieuse, la richesse terri-
toriale, la suprématie financière et commerciale, la force armée, le
nombre et la discipline. Il n'est pas jusqu'au prestige qui dérive du
principe d'hérédité que ces célibataires n'aient trouvé le moyen de
s'attribuer d'une manière très particulière, car ceux des lamas en qui
réside l'autorité spirituelle sont considérés comme des hypostases di-
vines, dont ce n'est point seulement la race qui se perpétue à travers
les siècles, mais la personne elle-même qui se réincarne, toujours
identique, sous des formes successives.

J'ai présenté jusqu'à présent le clergé tibétain comme un corps un
et indivisible, c'est la première apparence, mais si nous poussons plus
avant notre examen, nous voyons que ce clergé est divisé en plusieurs