National Institute of Informatics - Digital Silk Road Project
Digital Archive of Toyo Bunko Rare Books
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| 0459 |
Mission Scientifique dans la Haute Asie 1890-1895 : vol.2 |
| Scientific Mission to High Asia 1890-1895 : vol.2 |
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petit nombre de colons chinois, on ne trouve pas un seul enfant de
l'Empire du milieu établi au Tibet. Ces mesures sont attribuables à un
sentiment de prudence de la part du gouvernement de Pékin, qui tient
à éviter les difficultés et les affaires, et aussi à l'intolérance nationale
des Tibétains qui ne veulent pas souffrir d'étrangers chez eux. Les
moines, ces représentants d'une religion qui a pu passer pour une
religion de fraternité universelle, n'ouvrent leurs couvents et ne con-
fèrent les ordres qu'aux Tibétains, fils de Tibétains. Les points de vue
économique et colonial sont pour les Chinois tout à fait secondaires,
c'est surtout dans un intérêt stratégique et politique qu'ils se sont
annexé cette marche de Tibet afin qu'elle leur serve de barrière contre
des voisins indépendants et envahissants. Selon les principes que j'ai
exposés à propos du Turkestan, il leur a paru que le meilleur moyen
pour eux de tenir le pays à bon compte et facilement était d'empêcher
les étrangers d'y entrer et de lui ôter ainsi toute tentation d'y nouer,
sous couleur de relations commerciales, des intrigues avec les mécon-
tents et d'exciter le peuple à l'insubordination. On a quelquefois agité
la question de savoir si ce sont les Tibétains qui veulent fermer leur
porte ou les Chinois qui les forcent de la fermer. C'est là une question
oiseuse. Les Chinois et les Tibétains se gourment quelquefois, mais ils
sont parfaitement d'accord contre les étrangers. Les lamas, jaloux de
régner sans partage sur le peuple qui les nourrit, craignent qu'avec les
étrangers des idées nouvelles ne pénètrent, que la simplicité des cœurs
ne s'altère et que leur clientèle ne diminue. Ils savent très bien, et
l'exemple du La-dag est là pour le leur rappeler, que si une autre puis-
sance que la Chine s'emparait du Tibet, elle ne manquerait pas, avec
la complicité des laïques, de réduire les prérogatives et les bénéfices
exorbitants des monastères; partant, à quelque ordre qu'ils appartien-
nent, ils se sentent intéressés à tenir à l'écart les étrangers, à faire échec
autant que possible à leurs prétentions, à faire cause commune à cet
égard avec le gouvernement chinois. Profitant de la crédulité sans bornes
de leurs ouailles, il n'est légende absurde qu'ils n'accréditent sur le
compte des Européens, sorciers sinistres qui viennent pour voler au
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