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0238 Les documents chinois de la troisième expédition de Sir Aurel Stein en Asie Centrale : vol.1
Les documents chinois de la troisième expédition de Sir Aurel Stein en Asie Centrale : vol.1 / Page 238 (Color Image)

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doi: 10.20676/00000258
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La date, qui n'est pas donnée, me paraît en effet ressortir des données calendériques contenues dans ces deux fragments. Les tchong-k'i et les tsie-k'i sont le temps que le soleil met à parcourir ¼ signe du zodiaque: ce sont donc des demi-mois solaires et ils durent chacun 15 jours et 5/12. Les tsie-k'i du 10e et du 11e mois commençant tous deux également le 12e jour, doivent finir le 26e jour, nombre qui manque, mais dont la restitution n'est pas douteuse. De plus, le 10e mois a nécessairement 30 jours, puisque du 12 de ce mois au 12 du mois suivant il faut placer un tsie-k'i et un tchong-k'i ayant tous deux également 15 jours. Le tchong-k'i Ta-siue qui manque dans la lacune entre ii 1 allait donc du 27e jour du 10e mois au 11e jour du 11e mois. Enfin le tsie-k'i du 11e mois commençant nécessairement le jour du solstice d'hiver, nous savons que ce calendrier se rapporte à une année où le solstice d'hiver tombait le 12e jour du 11e mois. Or du XIe au XIVe siècle, le solstice d'hiver recule de 15 au 13 décembre (jul.): le premier jour du 11e mois devra donc être suivant l'époque soit le 2, soit le 3, soit le 4 décembre. Il suffit de parcourir la Concordance Néoménique du P. Hoang pour constater que les années qui satisfont à la double condition d'avoir le 11e mois commençant 12 jours avant le solstice entre le 2 et le 4 décembre, et ayant un 10e mois de 30 jours sont peu nombreux: pendant cette période je n'en trouve que 6, savoir:

1. 1062: solstice d'hiver le 15 décembre à 4h.20 du matin; 1er jour du 11e mois le 4 décembre; 10e mois de 30 jours.
2. 1157: solstice d'hiver le 15 décembre à 4h.47 du matin; 1er jour du 11e mois le 4 décembre; 10e mois de 30 jours.
3. 1195: solstice d'hiver le 15 décembre à 10h.10 du matin; 1er jour du 11e mois le 4 décembre; 10e mois de 30 jours.
4. 1309: solstice d'hiver le 14 décembre à 2h.29 du matin; 1er jour du 11e mois le 3 décembre; 10e mois de 30 jours.
5. 1328: solstice d'hiver le 13 décembre à 7h.22 du soir; 1er jour du 11e mois le 2 décembre; 10e mois de 30 jours.
6. 1347: solstice d'hiver le 14 décembre à 8h. du matin; 1er jour du 11e mois le 3 décembre; 10e mois de 30 jours.

De ces six années la première est exclue par le fait que le calendrier est écrit sur un ancien document si-hia tombé au rebut. Le Song-che (k.485, 15b) date l'invention de l'écriture si-hia de 1035 (les premières inscriptions connues sont de la fin du XIe siècle). Comme c'est à cette date que Li Yuan-hao 李元昊 organisa dans ses états une administration à la chinoise et comme il fit vers ce temps traduire les Livres Classiques, on peut admettre, sans donner à cette date une rigueur absolue, que c'est au deuxième quart du XIe siècle que cette écriture remonte, un peu plus haut, si on accorde avec M. Nevsky pour documentaire à la phrase banale par laquelle Li Yuan-hao est dit dans le Song che avoir étudié dans sa jeunesse les écritures chinoise et fan 番 (=si-hia). Une trentaine d'années est une période bien trop courte pour que le document primitif écrit dans la nouvelle écriture ait eu le temps d'être rédigé et utilisé, puis de tomber au rebut et d'être réemployé.

D'autre part, les trois dernières dates sont trop tardives. Le calendrier ici copié est en effet un calendrier de la dynastie Song, comme le montre le calcul en fen 分 des tchong-k'i et des tsie-k'i. Cette manière de compter les temps est en effet particulière aux calendriers de cette dynastie où elle apparaît dès l'époque de Kin-long ying-t'ien-li 建隆應天曆 de 962, et se maintint constamment (Song che, k.68, 10 sq. et passim), et d'où elle a passé dans les calendriers des Kin: le Ta-ming li 大明曆 de 1137, qui était fondé sur le calendrier des Song (Kin che, k.21, 1a), et le calendrier de 1181, qui n'est qu'une refonte du Ta-ming li, comptent de cette façon (Kin che, k.21, 6b). Les Yuan utilisèrent d'abord le calendrier des Kin (Kin che, k.21, 2a; Yuan che, k.52, 1b) et par conséquent cette même manière de compter, mais ils eurent un calendrier propre dès 1267 (Yuan che, k.52, 1b) et ce calendrier, œuvre de Djemal ed-Din, suivait les méthodes astronomiques occidentales et non les méthodes chinoises, en sorte que cette manière de compter disparut: ce fut une disparition définitive, car elle ne reparut pas dans le calendrier de Kouo Cheou-king 郭守敬 (1277), bien qu'il eût cherché à mettre en harmonie la méthode persane et la méthode chinoise au lendemain de la conquête de l'empire des Song (Yuan che, k.52, 2a). Le calendrier se rapporte donc à une année antérieure à 1267. Il ne reste que les années 1157 et 1195.

ii. L. 1, 2. etc., 小尽. Le caractère 小 ne se rapporte pas à la longueur du mois, d'abord parce que, le paragraphe se rapportant aux tchong-k'i et tsie-k'i, c'est-à-dire aux demi-mois solaires, il n'y a aucune raison d'indiquer si le mois lunaire est long ou court; et en second lieu parce que le fait même que les tsie-k'i du 10e et du 11e mois dont le début est nécessairement séparé par 30 jours, commencent tous les deux le même jour de leurs mois respectifs, prouve que le 10e mois, malgré l'indication 小尽 (ii, l. 2), est un mois long 大. Il faut comprendre 小尽 (=盡) "petit total" c'est-à-dire le nombre des parties, fen 分, de ce demi-mois solaire pris à part, par opposition à un "grand total" qui est le nombre de ces parties comptées de 1 à 365 tout le long de l'année.