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0038 Un traité manichéen retrouvé en Chine : vol.1
Un traité manichéen retrouvé en Chine : vol.1 / Page 38 (Grayscale High Resolution Image)

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doi: 10.20676/00000257
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son cœur empoisonné il conçut de nouveau un méchant projet:

au soq yâk du Khuastuanift; le sens est le même, et dans le Khuastuanift ce
démon reçoit en outre, à chaque fois, les épithètes de todunüsuz ovutsuz,
«insatiable et éhonté» (cf. von Le Coq, Khuastuanift, p. 281, 295, 297, 298);
c'est aussi le Âz des textes pehlvi de Tourfan (Müller, Handschr., p. 18, 20;
cette équivalence a déjà été indiquée par M. Salemann dans Radlov, Nachträge,
p. 871). Âz (dans l'Avesta Âzi) est en effet un grand démon avide dans la
littérature mazdéenne (cf. les index de West, Pahlavi Texts). Mais son rôle
dans notre texte n'est pas aussi simple. Dans les textes de Tourfan, âz paraît
assez souvent comme nom commun, parfois suivi de avarzóg (cf. Müller,
Handschr., 13, 15, 23, 24, 53); M. Müller a traduit âz par «concupiscence»
et avarzóg par «désir»; il faut renverser les termes (cf. Salemann, Manich.
Stud., p. 40, 51). Mais l'essentiel pour nous est cette réunion de la convoitise
et de la concupiscence. On verra plus loin qu'en créant l'homme, le démon y
mit la convoitise et la concupiscence, pour y représenter le Khroštag et le
Padvakhtag du macrocosme (cf. p. 530); un autre passage (cf. p. 537) parlera
nettement des «deux démons de la Convoitise et de la Concupiscence». Dans
le Fihris, la Convoitise et la Concupiscence sont plusieurs fois nommées côte
à côte (cf. Flügel, Mani, p. 91, 94, 100) et si, dans un cas (p. 100; cf.
p. 341), Flügel paraît admettre qu'elles ne font qu'un démon à elles deux,
il est clairement dit ailleurs (p. 100; cf. p. 258) que ce sont là deux démons
distincts, la Convoitise étant un démon mâle, et la Concupiscence un démon
femelle: peut-être ce dernier trait est-il hérité du Varenya de l'Avesta (Dar-
mesteter, The Zend-Avesta, II, 29), «démon femelle de l'envie et de la luxure».
La tradition du Fihrist est confirmée par Théodore bar Khôni, qui dit que
Jésus, ayant réveillé Adam, «chassa de lui le démon séducteur et enchaîna
loin de lui la puissante Archonte femelle» (cf. Pognon, Inscriptions, p. 192;
Cumont, Cosmogonie, p. 47). Ainsi la Convoitise et la Concupiscence sont deux
démons puissants, le plus souvent associés; comment l'un d'eux crée-t-il le
microcosme, l'homme, à lui seul? C'est qu'en réalité le démon de la Convoi-
tise a usurpé dans notre texte un rôle qui n'est pas le sien. Pour puissant que
soit le démon de la convoitise, le soq yâk du Khuastuanift, au-dessus de lui,
il y a le šamnu; c'est le šamnu qui est le Démon primitif, le vainqueur de
l'Homme primitif (cf. von Le Coq, Köktürkisches, p. 1056; Khuastuanift,
p. 280-282); c'est le šamnu qui est Ahriman (cf. les phrases parallèles sur la
parenté zervanite d'Ormuzd et d'Ahriman, d'Ormuzd et du Šamnu, dans
Müller, Handschr., p. 94, et dans von Le Coq, Khuastuanift, p. 282). Or
c'est Ahriman qui crée le microcosme. On voit ainsi que le démon de la con-
voitise, dans notre texte, représente bien parfois le vrai démon de la convoi-
tise, l'Âz des textes pehlvi, mais que le plus souvent il répond au Démon
primitif lui-même, à Ahriman, qui n'apparaît jamais ici sous son nom véri-
table.