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0370 L'art Greco-Bouddhique du Gandhâra : vol.1
L'art Greco-Bouddhique du Gandhâra : vol.1 / Page 370 (Color Image)

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doi: 10.20676/00000285
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une scène de labourage, se continue par la méditation du Bodhi-
sattva et s'achève, selon toute vraisemblance, par l'hommage du
roi son père. Telle quelle, elle n'est dépendante d'aucun texte,
mais seulement d'accord avec tous sur le fond des choses et avec
chacun d'eux tour à tour sur certains détails. Cette version figurée
a donc, au point de vue de la tradition, la même valeur documen-
taire que les versions écrites : elle n'est pas moins intéressante à
étudier au point de vue du système de composition. Qu'a voulu en
effet représenter, ici comme partout, le sculpteur? Évidemment
un sujet édifiant tiré de la légende bouddhique; or il n'est rien de
moins édifiant dans les idées de l'Inde que le labourage. On sait
que Manu l'interdit aux brahmanes et que la vieille règle boud-
dhique va jusqu'à défendre à tout membre de la communauté de
faire travailler la terre pour son compte; aussi bien est-ce le spec-
tacle de cette activité nourricière du monde, avec tous les maux
qu'elle entraîne pour les bêtes et les gens, qui est censé avoir
pour la première fois rejeté le futur Çâkya-muni dans la vie con-
templative. La mise en scène des travaux des champs ne saurait
donc en aucune manière être le but de l'œuvre; ce qu'il s'agit de
figurer aux yeux, c'est au contraire le premier éveil de la vocation
religieuse de Siddhârtha et sa conquête des premiers échelons de
l'extase. Mais imaginez à présent que l'artiste se soit borné à rendre
ce qui est l'essentiel de son sujet, à savoir un Bodhisattva médi-
tant : le spectateur se serait trouvé dans l'impossibilité absolue de
deviner le temps, le lieu et même le héros de cette méditation.
Pour spécifier l'occasion, le sculpteur a donc dû avoir recours,
comme d'habitude, à un laksaṇa, c'est-à-dire à quelque détail acci-
dentel, mais qui, par son pittoresque, en appellerait à la mémoire
de ses clients et fixerait leurs incertitudes comme il fait aujour-
d'hui pour les nôtres. N'oublions pas, en effet, que c'est la vue du
laboureur qui nous a donné la clef de la scène et révélé du même
coup le nom du Bodhisattva méditant et jusqu'à l'essence de l'arbre
sous lequel il est assis, tout brisé que cet arbre soit sur la pierre.