National Institute of Informatics - Digital Silk Road Project
Digital Archive of Toyo Bunko Rare Books

> > > >
Color New!IIIF Color HighRes Gray HighRes PDF   Japanese English
0211 Mélanges d'Histoire et de Géographie Orientales : vol.4
Mélanges d'Histoire et de Géographie Orientales : vol.4 / Page 211 (Grayscale High Resolution Image)

New!Citation Information

doi: 10.20676/00000289
Citation Format: Chicago | APA | Harvard | IEEE

OCR Text

VI

Le Qaire, 10 avril 1838.

Mon cher ami je n'ai reçu qu'avant-hier votre lettre du
12 février. Nous étions dans la haute Égypte lorsqu'elle est
arrivée au Consulat. La poste du pacha n'étant guere plus
sure que les occasions que l'on peut trouver on l'a gardée
jusqu'à notre retour et l'on a bien fait. Tout ce que nous avons
envoyé en route ou tout ce qu'on nous a envoyé est perdu.
Mais pour avoir été longtemps privé de vos nouvelles, je n'en
ai pas moins compté sur les promesses de votre amitié et les
détails que j'apprends enfin me prouvent que je n'avais point
fait de mécompte.

Je crois vous avoir dit en deux mots l'histoire de la chaire de
Marseille, des arabes, juifs et autres levantins voudraient
toujours voir là quelqu'un des leurs. Les accusations d'igno-
rance sont fort commodes contre les spécialités qui n'ont
point de juge : la vie de Champollion, d'Abel Rémuzat [sic]
et de beaucoup d'autres savans spéciaux en a été empoisonnée.
Les Marseillais qui ne me connaissent pas ne savent pas si
ma conscience m'aurait permis d'accepter des fonctions aux-
quelles je serais impropre, et ceux qui me connaissent ont
peut-être compris que j'étais propre à ces fonctions, là et à
quelques autres plus élevées. Les révolutions ministérielles
ont fait justice de Salvandy. Ses successeurs seront un peu
moins sots que lui, car les égaux de Salvandy sont introuvables.
L'université est toute meurtrie de sa longue et remuante
administration. Au surplus une destitution m'arrangerait
plus que le statu quo — ce serait l'occasion toute trouvée de
rentrer à Paris avec l'intérêt qui s'attache à une persécution
maintenant plus que jamais absurde. Car on a plutôt dit que
je devais ignorer l'arabe vulgaire qu'on n'a dit que je l'igno-
rais. C'était le manque de séjour dans le Levant qui fournis-
sait le prétexte de l'accusation, et maintenant ce prétexte au
moins manquera aux imbéciles comme aux fripons.

A propos de fripons j'arrive tout naturellement à Mrs des
Débats. Il était convenu qu'on essayerait de ma correspon-
dance dans le journal et non dans le cabinet ; je connais l'op-
tique du public pour l'avoir longtemps pratiquée et c'était
pour lui que j'avais arrangé mes lettres trop longues et ne