国立情報学研究所 - ディジタル・シルクロード・プロジェクト
『東洋文庫所蔵』貴重書デジタルアーカイブ

> > > >
カラー New!IIIFカラー高解像度 白黒高解像度 PDF   日本語 English
0018 La Vieille Route de l'Inde de Bactres à Taxila : vol.2
インドからバクトリアのタキシラに到る古道 : vol.2
La Vieille Route de l'Inde de Bactres à Taxila : vol.2 / 18 ページ(カラー画像)

New!引用情報

doi: 10.20676/00000237
引用形式選択: Chicago | APA | Harvard | IEEE

OCR読み取り結果

devaient encore tenter de pénétrer à leur suite par la même porte. Loin d'être un phénomène
unique dans l'histoire, l'invasion aryenne, simple épisode des périodiques descentes des nomades
de la Haute-Asie dans les plaines indiennes, n'a pas connu moins de contrefaçons qu'elle n'a eu
sans doute de précédents. D'autre part, il ne faut pas croire qu'entre une caravane avec son escorte,
une armée asiatique avec ses suiveurs, et une peuplade en voyage, il y ait tant de différence.
De toute façon, dans les sentiers des passes, il ne peut y avoir qu'un seul mode de défilé : celui
que l'on appelle la filé indienne (16). Pour tous, le rythme de la progression comporte forcément
de courtes étapes journalières, coupées à intervalles plus ou moins rapprochés par des repos —
haltes de jours ou de semaines pour les caravanes, de mois ou de saisons pour les armées, de lustres
ou même de générations pour les peuples. Enfin, ne l'oublions pas, une migration de tribu avec
femmes, enfants et troupeaux, tentes, armes et bagages, continue à être un fait de commune occur-
rence sur les routes d'Afghânistân, et le plus pittoresque des spectacles qu'elles offrent aux étran-
gers. Sans doute ce ne sont plus là que des mouvements saisonniers de transhumance, se déroulant
sur une échelle beaucoup moindre, et se dirigeant alternativement dans les deux sens : ils ne nous
en aident pas moins à concevoir assez exactement comment les choses se sont de tout temps
passées.

Un jour — ce dut être au début de l'automne, la saison la plus favorable au voyage, car c'est
celle où il y a le moins de neige sur le sol, le moins d'eau dans les torrents et le moins d'orages
dans le ciel — une tribu ou une confédération de tribus, suffisamment puissante pour s'imposer
par la force, s'est mise en marche sur le rapport de quelque explorateur enthousiaste et sous la
conduite d'un chef entreprenant. Les approvisionnements ont été faits pour la traversée des mon-
tagnes ; de l'autre côté, on vivra sur le pays ; les troupeaux se nourriront comme ils pourront le
long de la route. Il a fallu renoncer à traîner après soi les chariots (car c'est d'hier à peine que
l'Hindûkush est devenu carrossable) ; mais, tout comme aujourd'hui, les petits enfants, les agneaux
et autres nouveau-nés, les tentes, les tapis, les ustensiles, les provisions, se répartissent et s'en-
tassent sur les bêtes de somme, chevaux, ânes et bœufs : de chameaux, il est peu ou point ques-
tion. Les chefs, et ceux des vieillards qu'on emmène, sont seuls montés. Les enfants déjà gran-
delets et les femmes marchent à pied comme les hommes, tirant par le licou les bêtes qui portent
toute leur fortune. Bien entendu, des partis de guerriers forment l'avant-garde et couvrent les
flancs et les derrières de l'interminable colonne pour la protéger contre les attaques possibles
des montagnards — et dans ceux-ci, soit dit en passant, nous verrions volontiers les mêmes popu-
lations tibétaïnes qui, rejetées par les invasions de part et d'autre des passes de l'Hindûkush,
continuent à occuper aussi bien les montagnes de l'Hazârajât afghan que celles du Petit Tibet
kaçmîri. Dure et périlleuse entreprise, quinzaine de fatigues et d'alarmes incessantes : mais enfin
la tribu a passé, par un col ou par plusieurs à la fois, et la voici qui débouche au Kapiça, puisque
nous savons qu'on ne peut déboucher ailleurs.

Que croyez-vous à présent qu'elle va faire, sinon s'établir et s'installer dans le beau pays conquis
par son rude effort et s'y étendre à loisir comme une tache d'huile ? Il serait par trop fou de sa
part de le céder à la tribu qui, sur le bruit de son succès, ne manquera pas de la suivre : c'est au
contraire celle-ci qui devra pousser plus avant pour acquérir à son tour un domaine à sa conve-
nance. À mesure que la route mieux battue, et à présent jalonnée de tribus amies et alliées, devien-
dra plus facile, les vagues de migrations se feront plus importantes en nombre et se succéderont
à des intervalles plus rapprochés, jusqu'à ce qu'enfin, de la même manière que la marée mon-
tante dévore peu à peu une plage, elles finiront par inonder la plaine indienne. Mais tout n'a
qu'un temps, et bientôt le moment viendra où il n'y aura plus de place pour tout le monde. Les